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La lumière sur les connexions entre Blaise Compaoré, les terroristes et… Eddie Komboïgo

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Eddie Komboïgo, candidat élu au CDP, a souvent été critiqué ou, dans un sens adverse, admiré pour ses relations étroites avec l’ancien Président du Burkina Faso.


A l’issue des primaires qu’il a organisées le dimanche 10 mai, le Congrès pour la Démocratie le Progrès (CDP)- le parti de l’ancien président déchu Blaise Compaoré- a désigné son actuel président, Eddie Komboïgo comme candidat à la présidentielle de cette année.

Longtemps dans les sillages des hommes politiques, Eddie Komboïgo est un expert-comptable qui a fait fortune dans le secteur privé. Il est aujourd’hui l’un des hommes les plus riches du Burkina Faso.

Son entrée en politique a été favorisée par le vide laissé par le départ de ses anciens mentors dont l’ancien Chef de l’Etat Blaise Compaoré et son ancien chef d’état major particulier, le très respecté et craint général Gilbert Diendéré.

Considéré par certains comme son petit poulain, et par d’autres comme une marionette, l’inquiétude la plus grande reste encore la connexion entre Blaise Compaoré et les groupes terroristes qui empêche le peuple burkinabè de pouvoir vivre comme il le mérite.

Le terrorisme grandissant au Burkina Faso

Depuis 2015, le Burkina Faso connaît une insécurité croissante, plusieurs attentats terroristes, menés par groupes terroristes armés des pays voisins, sont devenus fréquents. Les régions du Nord et de l’Est ont été les plus touchées puisque le Burkina Faso partage des frontières avec Nigeria et Mali.

Des attentats particulièrement meurtriers qui ont attiré l’attention de la communauté internationale, ont eu lieu en la capitale de Ouagadougou en 2016, 2017 et 2018. Selon les Nations unies, plus de 700 personnes ont été tuées depuis 2015, et environ 1,5 millions de personnes sont actuellement des déplacés internes.

En décembre 2018, le Gouvernement a déclaré l’état d’urgence dans plusieurs provinces du Nord, dont le Hauts-Bassins, la Boucle du Mouhoun, les Cascades, et les provinces du Centre-Est, de l’Est, du Nord et du Sahel. En janvier 2019, l’ancien Premier ministre Paul Thieba a démissionné, prétendument en raison de l’aggravation de la situation en matière de terrorisme.

Le groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (une organisation jihadiste militante formée par Ansar Dine et d’autres groupes faisant partie de la branche officielle d’Al-Qaida au Mali) a revendiqué la responsabilité de la double attentat le 2 mars 2018 à Ouagadougou. Au cours de l’attaque, au moins huit personnes lourdement armées ont pris pour cible l’ambassade de France et le quartier général des militaires du Burkina Faso, tuant huit personnes. Selon une déclaration du groupe djihadiste, l’objectif de l’attaque était “pour rappeler au régime burkinabè la politique du précédent Gouvernement qui était resté neutre pendant le combat des moudjahidin contre la France et ses alliés”.

Pour la première fois, un groupe djihadiste aborde le changement de régime politique dans le pays et insinue que sous le régime de Blaise Compaoré, le Burkina a été épargné.

Blaise Compaoré et ses liens avec les groupes terroristes

Certaines spéculations ont été émises concernant le lien entre ces attaques et la fin du régime de Blaise Compaoré. L’ancien Président burkinabè a été évincé du pouvoir à la fin de l’année 2014. Selon plusieurs publications, Compaoré aurait négocié un accord avec des groupes terroristes associé à Al-Qaida au Mali. En échange d’une opération au Burkina Faso, l’organisation aurait accepté de ne pas mener d’attaques à l’intérieur du pays. Ce partenariat pris fin avec son éviction en 2014.

On rapporte aussi qu’avant sa chute, Blaise Compaoré était en contact étroit avec les djihadistes, en particulier avec Iyad Ag Ghali (Secrétaire Général de l’Ansar Dine, affilié à Al-Qaïda), qui sous le règne de Compaoré avait souvent séjourné dans le quartier résidentiel de Ouaga 2000 à Ouagadougou et a été contact avec le Général Gilbert Diendéré, ancien bras droit de l’ancien Président du Faso qui a tenté un coup d’État en septembre 2015 au Burkina Faso.

En 2012, Blaise Compaoré avait été nommé par la Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), pour être son médiateur dans la crise malienne. Blaise Compaoré avait alors reçu les délégations de Ansar Dine et de la rébellion Touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), en juin 2012. Le 9 juin 2012, Compaoré et le MNLA se sont réunis à Ouagadougou.

Le 18 juin 2012, des membres d’Ansar Dine ont rencontré Compaoré à Ouagadougou. Le ministre des affaires étrangères du Burkina, Djibril

Bassole, a déclaré que ces réunions s’inscrivaient dans le cadre d’un effort pour parvenir à un règlement politiquement négocié pour la région.

En août 2012, Djibril Bassole, ministre des affaires étrangères de lapays, s’est rendu dans le nord du Mali pour rencontrer des islamistes armés quiont contrôlé la région pendant quatre mois et lescommunautés. Bassole a rencontré Iyad Ag Ghali. Ghali a déclaré qu’il estouvert à s’engager dans des efforts de médiation pour réunifier le pays.

Le 16 novembre 2012, M. Compaoré a rencontré l’Ansar du mouvement Dine et le MNLA. Cette réunion, la première du son genre, visant à harmoniser les points de vue entre ces deux mouvements armés, pour mettre fin à la crise en le nord du Mali.

En juin 2013, les négociations entre le Gouvernement malien et les rebelles touaregs du nord du Mali a commencé à Ouagadougou sous les auspices de la médiation de Blaise Compaoré, qui a demandé la fin des hostilités en vue de l’élection présidentielle au Mali en juillet.

Les relations entre les associés de Compaoré et les groupes terroristes

La photo montre Moustapha Limam Chafi, ancien conseiller spécial de Blaise Compaoré, avec l’ancien Chef de l’état-major général, Gilbert Diendéré.

La photo a été prise le 23 août 2010 dans le nord du Mali, le jour de la libération des otages espagnols. Chafi avait expliqué que “également présent sur la photo, n ‘est autre que le colonel malien Issa Tembene (portant le turban blanc), chef des services de renseignements maliens à Gao”.

D’autres militants djihadistes peuvent facilement être repérés sur l’arrière fond de la photo.

Djibril Bassole (ancien Ministre des Affaires Etrangères) avait été accusé d’être le cerveau du coup d’État manqué en 2015 et avait été condamné à dix ans de prison. Gilbert Diendéré avait, quant à lui, été condamné à vingt ans de prison. Moustapha Limam Chafi avait été vu pour la dernière fois le 21 avril 2019 au Rwanda.

Les déclarations du Président Roch Marc Kaboré

Le 5 novembre 2017, le Président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avait déclaré dans un interview pour TV5 Monde, que “l’ex-Président Blaise Compaoré a joué un rôle de médiateur au Mali ce qui signifie que nous avons constamment eu certaines collisions – je pèse mes mots – Les “collisions” avec les forces djihadistes qui se trouvent au Mali”.

Lors de sa visite en Allemagne en février 2019, Le Président Kaboré avait accordé une interview à Deutsche Welle. Les interviewers avaient souligné qu’il y avait des rumeurs selon lesquelles Blaise Compaoré aurait pu avoir des liens avec terroristes et c’est la raison pour laquelle, depuis sa chute le Burkina Faso souffre du terrorisme.

Le Président Kaboré avait expliqué : “Il y a des connexions, ce n’est pas un une rumeur, c’est un fait. Le Burkina Faso a bénéficié d’une paix pendant des années parce que nous avions un accord (avec les groupes)”.

Le président Kaboré avait même ajouté : “Il me semble évident qu’après le départ de Blaise Compaoré et les élections, nous avons à peine mis en place le Gouvernement le 12 janvier que le 15 janvier, nous avons eu la première attaque au Burkina Faso”.

En outre, c’est en novembre 2017 que Blaise Compaoré avait déclaré dans un communiqué de presse, qu’il ne pouvait “accepter de lire”, dernièrement, sous certaines signatures irresponsables et malavisées par un combat politique dépassé, qu’il aurait pu avoir des liens coupables avec les terroristes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, justifiant les attaques subies par le pays”, en ajoutant : “C’est odieux, scandaleux, abject”.

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