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Cinéma : ce festival de Cannes aurait pu être celui de l’Afrique

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Malgré le grand nombre de films africains sélectionnés sur la Croisette, deux seulement ont obtenu des prix. Même si chacun a retenu, à sa façon, l’attention des festivaliers.

De retour sur la Croisette après une année 2020 zappée pour cause de pandémie, le festival de Cannes de ce mois de juillet, disposant de deux années de production pour choisir sa sélection, s’annonçait comme un cru exceptionnel. De l’avis général, ce ne fut pas le cas, du moins pas au niveau espéré. Malgré la qualité ou l’originalité de certaines des œuvres présentées, dont la Palme d’or, qui est allée de façon peu surprenante par les temps qui courent à un film réalisé par une femme mais aussi de façon assez surprenante à un film trash et même gore, le très beau et très dérangeant Titane de la jeune Française Julia Ducournau.

Ce qui était vrai en général l’était aussi pour l’Afrique et l’on s’attendait, au regard de la quantité des œuvres sélectionnées et de la qualité de leurs auteurs, de la présence aussi au sein du jury de la Sénégalaise Mati Diop, à un festival 2021 exceptionnel pour l’Afrique. Là encore, on a quelque peu déchanté.

Deux films africains en compétition

À l’annonce de la sélection officielle du festival début juin, on avait en effet pu se féliciter de voir arriver en compétition pour la Palme d’or deux films africains – une première depuis l’origine de la manifestation -, réalisés de surcroît par deux cinéastes de grand renom : le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun pour Lingui-Les liens sacrés et le Marocain Nabil Ayouch pour Haut et fort – Casablanca beats.

Or, si les deux auteurs ont été ovationnés par le public de l’immense salle Lumière après la projection de leurs œuvres, Haroun bénéficiant même d’une accolade peu conventionnelle du président du jury Spike Lee, ils sont repartis bredouille après l’annonce du palmarès. Non pas qu’ils aient démérité, comme le prouvent les critiques souvent favorables que ces deux films ont obtenues dans les médias internationaux présents à Cannes, mais parce qu’il y avait assurément des œuvres plus achevées, plus fortes ou plus originales pour séduire les jurés.

Lot de consolation pour Nabil Ayouch ?

Reste qu’au total, toutes sélections pour Cannes confondues, il y avait, un petit record, six films africains projetés sur la Croisette. Deux ont obtenu des prix, il est vrai moins prestigieux que ceux décernés par le jury officiel mais néanmoins convoités. L’Égyptien Omar El Zohairy, petit barbu un peu timide quand on l’approche, a réussi un coup de maître pour son premier film, Feathers (« Les plumes »). Avec cette histoire très originale, souvent drôle et même déroutante malgré son sujet dramatique – disons, pour ne pas en dire plus, qu’il raconte ce qu’il se passe dans une famille déshéritée d’une banlieue glauque du Caire quand le chef quelque peu tyrannique de la famille se retrouve transformé en poule par un prestidigitateur -, Omar El Zohairy a conquis La Croisette et repart avec à la fois le grand prix de la Semaine de la critique et le prix du premier film du très exigeant jury de la presse internationale.

Quant à Nabil Ayouch, il y a fort à parier qu’il a perçu comme un lot de consolation le prix du « cinéma positif » décerné des mains de Jacques Attali pour Haut et fort. Mais il a du être satisfait des raisons invoquées, à juste titre, pour le couronner : « Un film qui tourne autour de la notion d’éveil des consciences, celles des jeunes Marocains, et qui se veut au service des générations futures ».

Les quatre autres films africains présents à Cannes, tous de grande qualité, ont retenu chacun à leur manière l’attention des festivaliers. En raison de leur originalité (en particulier l’ovni Neptune frost, sorte de comédie musicale afrofuturiste truffée de dialogues anti-impérialistes de la Franco-Rwandaise Anisia Uzeyman et de son époux américain Saul Williams, présenté à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs), de leur beauté formelle (qu’il est beau le désert du Niger filmé par Aïssa Maïga dans le documentaire sur les effets du réchauffement climatique Marcher sur l’eau, présenté en séance spéciale dans la sélection officielle), de leur interprétation et de leur gravité (tourné à Djibouti, La femme du fossoyeur, premier film du Somalien installé en Finlande Khadar Ayderus Ahmed, traite sans pathos d’un problème terrible, un risque mortel pour la femme en attente d’opération d’un couple très amoureux en raison d’un système de santé défaillant, grâce à une mise en scène très réussie) ou encore de leur approche subtile et courageuse d’une réalité complexe (Une Histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid, son deuxième film qui a eu l’honneur de clôturer la Semaine de la critique).

Si l’on ajoute le succès remporté par des films d’auteurs de la diaspora africaine (par exemple le superbe Freda de Gessica Généus célébrant le courage des femmes d’Haïti et le très énergique Bonne mère de Hafsia Herzi sur une « mère courage » de Marseille), on comprendra que l’Afrique était en tout cas fort bien représentée lors de cette édition si particulière du plus grand festival de cinéma de la planète. D’autant plus, ce qui est prometteur, qu’une bonne partie des œuvres citées ont été tournées par de jeunes cinéastes, souvent auteurs ici de leur premier long-métrage. Ils sont donc loin d’avoir fini de nous épater.

Jeune Afrique

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